Mécaniquement, façon zombie, je baisse rageusement le volume, jusqu'à ce que le silence salvateur retombe à nouveau sur la pièce, rabats mes couvertures sur mes oreilles en me laissant à nouveau lourdement tomber sur mon oreiller en plume. La paix... A présent c'est tout ce qui compte... Fermer les yeux... Se rendormir.... Mes yeux qui papillonnent déjà brumeux tombent dans un dernier battement de cil sur la date d'aujourd'hui dont les chiffres alignés clignottent doucement derrière l'écran à cristaux liquides. Vendredi 6 Juillet 2007..... Vendredi 6 Juillet 2007.....
Et là c'est le flash____ le jaillissement volcanique de sous la masse de couverture___ la ruée vers la cuisine, débraillée, encore endormie sous les yeux de mes parents, ahuris, interrompus par mon entrée tonitruante en pleine et sacrée séance de trempage de tartines.
- Les sous pour les timbres, il ne faut pas oublier les sous pour les timbres! L'inscription.... Herriot je m'affole
Déjà ils se consultent du regard, derrière leurs bols fumants, complices et ouvertement moqueurs devant mon enthousiasme détonnant et légèrement emprunt d'angoisse.
On est tous passés par là semblent-ils dire des yeux, avec leurs airs philosophes et légèrement nostalgiques. Finalement c'est ma mère qui me prend en pitié
- Ton père te déposera, et vous prendrez les timbres en même temps.
Je me tourne vers ledit père qui hoche gravement la tête.
- Tu prendras bien un café?
Pas envie, mais il ne faut_ en théorie_ jamais partir le ventre vide. Je m'agite sur ma chaise. Quoi mettre? Quel temps fait-il? Préoccupations futiles... A 9h nous sommes devant Herriot. Je descends de la voiture, claque la portière. Un bref signe de main à mon père et déjà je m'éloigne, hypnotisée par les deux larges portes du lycée, ouvertes, derrière lesquelles je peux apercevoir des gens, en file qui attendent.
Ladite file est déjà longue ; l'attente promet de l'être aussi. En me haussant légèrement sur les marches à l'autre bout du hall je peux voir la salle d'inscription avec l'Assemblée vénérable des professeurs, les secrétaires atablés devant une magistrale cheminée en marbre qui monte jusqu'au plafond. Sans savoir pourquoi, l'angoisse me noue légèrement les trippes. Préoccupé, mon regard se reporte sur la file d'attente: Tous les élèves devant et derrière moi, ou presque, sont accompagnés de leurs parents et devisent plus ou moins gaiement ; cela me fait regretter un instant de ne pas y avoir trainé mon père ___ conformisme et désir de réconfort dans cet environnement hostile, nouveau____ . Et puis non...___sursaut d'orgueil___ Diable! Suis-je suis le point de devenir étudiante oui ou non? Je n'ai plus besoin de Papa/Maman pour tout régler!!
Alors mes yeux se reportent sur les futurs camarades. Moi qui espérais profiter de cette journée pour faire éventuellement connaissance, me voilà pour mes frais avec les parents en escorte!
Je ronge mon frein, les doigts serrés convulsivement sur le manche de mon parapluie. Quelques garçons tout de même, une majorité de filles. Il y en a une d'ailleurs devant moi, qui me toise d'un air hautain et légèrement dédaigneux. Un peu mal à l'aise je me tourne vers les listes d'admis au bac affichés dans le lycée, contemple les merveilles d'architecture qui s'étalent sous mes yeux.
Consolation: Si ce lycée doit devenir mon tombeau, au moins correspond-il à mon idéal en la matière: J'ai toujours adoré les vieilles bâtisses et celle-ci en fait partie, même si intégralement rénovée.
De secondes en secondes, de minutes en minutes, c'est mon tour, enfin. Je m'assois. La secrétaire contrôle, souriante mon dossier, me fait passer à la chaîne, vers un vieil homme, le CPE sans doute qui commence à s'insurger:
- Vous n'avez pas de portable??? Phrase qu'il répète plusieurs fois, de plus en plus lentement comme si mon "Non" répétitif ne pouvait être du qu'à une mauvaise compréhension de la question de ma part. A bout de nerfs, j'aurais envie de lui répliquer: "Eh bien non, si je n'ai écrit sur aucune fiche de numéro de portable ce n'est pas un hasard, ça semble évident !!!". Mais je suis bien élevée, je souris, continue de dire "non" avec un air un peu embarrassé.
Le voilà parti dans de grands discours. "Pas de portable? Comment ça pas de portable? Et pour me joindre en cas d'absence ou de retard à une colle, à un des importissimes concours blancs, comment ferait-il lui?".
"Colle" __ "Concours blanc" ___ Il a prononcé les mots interdits, les mots auxquels je ne veux surtout pas penser maintenant. Ô le fourbe, ô l'odieux personnage! C'est décidé, il me faut le haïr.
Et les paroles houleuses qui n'en finissent pas... Pour m'en tirer, je réponds que tout est prévu et que j'en aurai un, de portable, à la rentrée. Ce n'est qu'alors que le bonhomme se calme. Reprenant, plus modérément, le cours de son discours, il brasse du papier, m'en tend une liasse: mutuelle étudiante, cartes de transports en commun, demi pension. Arrive la liste de lecture sur laquelle je jette, depuis le début de l'entretien, des coups d'oeil furtifs. Lui, roule les yeux derrière ses lunettes, un sourire un peu sadique lui vient aux lèvres:
"Voici votre liste de lecture. Vous devriez profiter de la présence de vos professeurs pour leur poser des questions de méthode car il y aura des interrogations écrites le jour de la rentrée."
Interrogation écrite. Fatalité. Le mot est tombé, m'écrase. Les papiers entre les mains je me range sur la gauche, pour aller parler aux "professeurs" comme je me le suis vu recommander. Oui mais voilà... je ne sais même pas quelles questions leur poser. L'un d'eux me cueille d'ailleurs au vol, m'explique et me rassure: "Oui, il y aura une interro, mais seulement en Histoire sur l'ouvrage spécifié ; pour les autres lectures, pas de travail particulier, il est seulement indiqué de les lire en prenant des notes rapides pour en garder mémoire dans les grandes lignes." Alors je pose des questions... des questions dont je connais déjà la réponse mais... qu'importe. Ils veulent des questions, ils seront servis.
Soulagée, je sors enfin de la grande salle un petit quart d'heure encore plus tard, descends les marches débouchant sur le hall. Là, la file d'attente s'est encore allongée, et moi j'ai le sentiment illusoire de sortir en quelque sorte d'une petite bataille. La petite voix dans ma tête me murmure tandis que je parcours les différentes listes de lectures des yeux que ça y est, que je suis inscrite et étudiante! Oui tiens, c'est vrai, dur de réaliser, la seconde pour moi c'était encore hier... même si tellement loin. Une nouvelle vie commence. Nostalgie... mêlée d'excitation... Comme toujours.
Les lourdes portes du lycée claquent, de concert avec celles de mon destin. Dehors, de fines goutelettes commencent à consteller le bitume tandis que l'air frais me remet quelque peu d'aplomb. Direction Decitre à Bellecour, la librairie... à la recherche de tous ces livres.... Une autre paire de manches... Une autre bataille... Mais en attendant le 4 Septembre, le pire est passé.

![En parlant de livres... [PARTIE 1]](http://19.img.v4.skyrock.net/19c/hypo-2007/pics/1060120862_small.jpg)
![En parlant de livres... [PARTIE 2]](http://19.img.v4.skyrock.net/19c/hypo-2007/pics/1060124084_small.jpg)
![En parlant de livres... [PARTIE 3]](http://19.img.v4.skyrock.net/19c/hypo-2007/pics/1062420110_small.jpg)
