Au bout d'un moment... on ne sait pas comment ni pourquoi... les choses s'accélèrent. Entre le "Maman, je suis admissiiiiiiiiible à l'ESCP" et le "Allo Maman, je viens de passer l'oral d'Italien là, je me suis trop viandée........... hmm? Qu'est-ce que tu dis? Mais oui je garde la pêche pour la suite! Mais oui t'en fais pas!"..... il y a un temps très court. Trop court de 5 jours précisément. 5 jours où il est possible d'en passer par tous les états d'âme, de blasphémer et de se penser maudite:
" Pourquoi ils nous ont mis cet oral là plus tôt hein? Pourquoi??? Pourquoi je passe les autres, les moins bonnes écoles après??? Pourquoi j'ai pas le choix nom de Dieu???"
Bref... 4 jours sur les charbons ardents s'en sont d'abord suivis, à consulter la presse comme une malade, à apprendre approximativement des mots en Anglais bienvenus dans un commentaire d'article de presse. 4 jours à se dire qu'on aurait bien fait de potasser l'Histoire du Monde parce que l'oral de culture gé à l'ESCP peut tomber et sur un sujet de Lettres-Philo ou sur un sujet d'Histoire. Enfin... je résume les réjouissances qui étaient au programme pour vous lecteurs potentiellement non encore immergés dans la khâgne ni dans les oraux des concours:
- 2 oraux de langue: LV1 et LV2 sur des articles de journaux dans la langue choisie avec 20 min de préparation pour en faire un commentaire structuré (10 min) + 10 min de discussion libre avec examinateurs. ___ Coeff 6 pour la LVI et 4 pour la LV2
- 1 entretien avec 3 personnes du monde de l'entreprise. On remplit un questionnaire qu'on leur remet et qui leur permet d'en apprendre plus sur vous et vos goûts puis, pendant 25 min... questions à feu ouverts sur vous, vos projets antérieurs ou futurs, votre personnalité _____ Coeff 12
- 1 oral de culture gé: 2 sujets au choix ressemblant à des sujets de colle. Une demi heure de préparation, une demi heure de passage. ___________ Coeff 8
Le problème quand on est en khâgne c'est qu'on est pas préparés à tout ça. On se lance dans l'inconnu. Pour les prépa HEC c'est potentiellement déjà entrer en terrain conquis puisqu'ils s'entrainent à ça depuis 2 ans. Dans le train qui me mène rapidement et surement vers Paris en ce Mercredi 17 à 8h du matin, je ne peux m'empêcher de songer à ces oraux blancs organisés pour les HEC au lycée en Février,et auxquel je n'avais pu assister parce que le divin maîstre de philo avait prévu un DS de Philosophie ce Samedi là pendant 6h.... Ironie du sort quand on pense que, ce DS, il ne nous l'a jamais rendu. Bon, il est vrai que je ne me suis même pas hasardée ce jour là à lui demander d'une petite voix si je ne pouvais pas être dispensée du DS. Le prof de Philo en bon communiste livre aux écoles de commerce une lutte acharnée.
Il m'aurait répondu avec un air carnassier:
"Comment Hanna, votre réussite à ces concours dépend de votre présence à ces oraux blancs? Mais parfait dans ce cas, ma bonne action de l'année sera PRECISEMENT de vous empêcher d'y aller. Le hasard fait bien les choses vous ne trouvez pas?"
"Oui Monsieur -_-' "
Ahh je l'imagine bien dans quelques années, tout vêtu de rouge et entouré de ses sbires maléfiques, ordonner qu'on m'attache sur le bûcher avant de me condamner au nom de Marx à périr dans d'atroce souffrances pour avoir détourné les fonds des pauvres gens...... Quoique non... eux préfèrent le goulag, c'est plus facile de se débarrasser des cadavres dans des congères en Sibérie.
Bref... HS comme on dit.
C'est court un voyage Lyon Paris. Dans ce train j'ai eu un sentiment de fatalité. Après tout c'était fini, bientôt fini. A quoi bon s'en faire? Au pire je raterais tout et je n'aurais qu'à khûber... la belle affaire... Je n'avais même pas besoin d'une préparation psychologique pour me préparer à cette éventualité. Depuis le début de l'année les profs nous répétaient que le meilleur choix à faire était de khûber, que c'était une voix naturelle pour le khâgneux désirant encore baigner dans son élément naturel.
Ouai... au pire tu rates vieille, et tu khûbes! J'ai laissé doucement ma tête dodeliner vers la fenêtre, les yeux dans le vague tandis que mon MP3 déversait dans mes oreilles un flux de musique apaisant.
Peu avant mon arrivée mon téléphone s'est mis à sonner. C'était Abeba, alias Piperata Puella, jeune fille rencontrée deux ans auparavant sur le forum d'hypokhâgne créé en 2007 et que j'allais voir enfin après 2 ans de conversation à visage masqué. Quitte à venir à Paris, autant sauter sur cette heureuse occasion. On se retrouvait à midi devant la Station "Rue Saint Maur".
Je me rappelle encore avec un attendrissement pathétique du moment où j'ai "rencontré" la gare de Lyon et "fait connaissance" avec Paris et son Métro. Je me revois tourner dans les couloirs avant de comprendre où exactement il fallait prendre le métro. Je me revois ouvrir des yeux ronds comme des soucoupes devant l'intrication des lignes du métro Parisien. Je me revois pester, ma valise au bras devant le nombre colossal de marches à gravir et à descendre.... pas d'ascenseur à Paris, ou quasi pas... tu te démerdes, tu souffres et tu apprends à te débrouiller malgré tes talons pour ne pas dévaler les marches sur les fesses après un malencontreux faux pas! Ceci dit... le sens de l'orientation est une chose formidable... je suis finalement parvenue sans encombre à l'hôtel, ai déposé ma valise dans une chambre un peu miteuse BUT après tout quand on a un toit on ne se plaint pas.
Le 11° est un coin agréable, assez paisible somme toutes. On pourrait se croire à Lyon.
Avant d'aller retrouver Abeba j'ai balisé ma route de l'hôtel à l'ESCP, observant pleine d'une crainte religieuse les portes à battants largement ouverts de l'école qui allait me phagocyter pendant toute une journée le lendemain. En sortirais-je indemne? L'avenir seul nous le dirait...... (suspense à deux balles, j'avoue... mais j'avais envie).
On a pris une pizza avec Abeba. Je tairai les détails de notre première rencontre, sinon qu'elle fut très satisfaisante et que, malgré l'état bizarre et shooté dans lequel je me trouvais nous avons discuté comme si nous nous connaission depuis des lustres.
1200 calories ingérées plus tard... je me suis retrouvée dans la chambre d'hôtel miteuse vers 15h, je me suis affalée sur le lit avec mes fiches sur la générosité et sur Aristote et je me suis endormie comme une masse... C'était trop tentant. S'en est suivie une longue après midi et une longue soirée, et une longue nuit... entre veille et sommeil. Réveils brutaux, révisions de citations hatives, douche à 4h du mat avant d'endosser le tailleur noir en lin d'une élégance indiscutable. Parce que oui, tailleur obligatoire aux oraux. J'en avais été informée après mes premiers résultats d'admissibilité ce qui nous avait valu, à ma mère et à moi de passer un Samedi haletant au centre commercial pour dénicher ze perle. A présent il était là le tailleur, étalé sur mon lit comme un linceul. En m'examinant dans le miroir tout en attachant mes boucles d'oreille j'ai esquissé une grimâce optimiste, défiant mon simple reflet de me saper le moral... et j'y suis allée tout bonnement. Calme... très calme.
A l'école on est accueillis par des élèves. Ils ont l'air gais dans leurs T shirts bleus. Ils nous sourient avec tellement d'enthousiasme qu'on a qu'une seule envie... leur sourire aussi. On a droit à une pochette/cartable avec guides de l'école et guide de Paris dedans. Avant nos oraux, nous dit-on, on a qu'à se diriger vers cet escalier la bas et on nous emmenera à nos salles. Super.
Dans la salle commune, entre le baby foot, les tables de ping pong et les jeux vidéos la vue d'un énoooorme piano à queue me fait briller les yeux d'envie. Je feuillette distraitement les guides avant mon premier oral. Que d'associations... que de choses à faire là dedans... J'ai envie de l'avoir... follement envie. Montée d'adrénaline. Après ce moment là je n'ai plus vu le temps passer. Après l'oral d'Italien que je qualifie d'ailleurs de calamité... tout s'est bien passé, tout s'est déroulé.... Je l'aurai.... je l'aurai...
Le fait est que quand on est vraiment motivé ça se sent. Une sorte d'énergie phénoménale et d'envie de tout bouffer vous envahit. Et le jury est souvent séduit. Que l'école soit la première ou la dernière que vous passez n'enlève rien. Il y a tant à la clef.
Il y a aussi des jurys que vous sentez et d'autres avec lesquels le courant ne passe pas. Qui vous donnent l'impression d'être trop doucereux, trop condescendants, plein de partis pris ou dont les questions vous énervent passablement (je pense à celui de Nantes) :
"Comment, vous ne parlez pas Arabe? "
"Eh bien... non"
"Mais comment ça se fait? Votre père a bien du vous parler Arabe??"
"Et pourquoi tu tiens à ce que je parle Arabe vieille peau?"
Comment expliquer à ce genre de bonne femme que ce n'est pas parce qu'on a un père Marocain qu'on est forcément fan du Maroc. Comment lui expliquer aussi qu'on trouve l'engouement touristique pour le Maroc complètement mièvre et hypocrite? Comment lui expliquer enfin qu'on a jamais eu envie de parler Arabe, qu'on ne se définit pas comme 'Arabe" et qu'on ne parlera sans doute jamais Arabe malgré sa couleur de peau et sa filiation?
Comment convaincre certains que le job d'été n'est pas non plus ZE expérience?:
"Mais.... vous ne pensez pas TOUT DE MEME qu'un travail d'été aurait pu vous aider à appréhender le monde de l'entreprise??"
C'est ça, quand on est caissière on a une grande expérience du monde de l'entreprise, mais bien sûr, à d'autres vieille peau. On a pas besoin de le faire pour savoir ce que c'est... Quand on a des parents qui travaillent et qui sont dedans et en parlent on sait ce qu'il est le monde de l'entreprise. Il ne faut pas non plus être politiquement correct à l'excès. La glorification des jobs d'été ça va un moment mais il faut arrêter.
Ainsi après ce 18 Juin impossible de ressentir la même "niaque" pour Lille encore que ça se soit bien passé, et encore moins pour l'école de Nantes où donc le jury a été exécrable. Je passais les oraux machinalement, me demandant comment faisaient ceux qui en passaient 7, ou 10 en 15 jours par exemple pour se motiver. Dès le 18 je me suis dit: bon de toutes ce sera l'ESCP ou rien.
Il ne restait donc qu'à attendre le 3 pour les premiers résultats. Attendre... terrible attente....