19h A la moiteur du gymnase, aux rires et aux plaisanteries de groupe a succédé le calme relatif des couloirs déserts. Dehors, pas de fraicheur, rien que l'air chaud et moite que le vent ne parvient pas à rendre supportable. Impression que les vêtements collent à la peau, que la bride du sac scie l'épaule et déchire les muscles endoloris à chaque mouvement.
- Bon Saupinage! (livre de Guy Saupin qui constitue la base d'un contrôle pr la semaine suivante) je lance à la cantonnade en quittant le vestiaire des garçons.
Oui, des garçons. Les pauvres n'étant qu'au nombre de 3 ont du le céder à la majorité de filles qui fait loi.
- Merci! me répond-on d'une voix étouffée.
Dans un dernier regard furtif en arrière j'embrasse les figures rougies par l'effort, haletantes. Ces figures qui commencent à faire partie de mon quotidien, se substituent aux têtes de l'an passé. L'an passé... Tiens j'y repense. L'an passé on parlait de BAC avec un peu d'angoisse, on dressait les filets de badminton et parlant de maths, de physique et de subduction. C'est drôle, j'ai une grande impression de maturité. Pourtant, la prépa, ça fait tout juste deux semaines qu'elle nous a avalés. Le fait est que pour les profs, on est des adultes, on est de futurs penseurs... Bien sûr on nous fait clairement prendre conscience qu'on est encore pas grand chose, on nous fait prendre conscience que les débuts seront durs et les notes tomberont à des profondeurs abyssales. Bien sûr... Il n'empêche qu'on nous nourrit, qu'on nous abreuve et que même si parfois dans des moments de lassitude on se dit qu'on y arrivera jamais.... eh bien... le jour d'après on remonte la pente, on voit tout avec un optimisme nouveau. On se surprend à s'intéresser vivement à la géopolitique des drogues, à se relaxer en faisant du latin, à exulter en sortant de philo et à rêvasser en étendant le prof de Français déclamer des textes poétiques en langue d'oc ou d'oïl...
Et puis on se dit: "tout ne sera peut-être pas si cata..." on espère...
Au début, la prépa, c'est ça...



