Ce qui peut se passer face à un sujet de concours blanc: On s'arrête tout d'un coup, devant le petit coupon blanc distribué par le prof de Français et on se dit "Bordel de Merde", encore une citation... encore le travail du poète. Je ne sais pas si l'overdose de chocolat ou autre denrée alimentaire est possible, mais pour la poésie, j'en ai tout mon content. Saturation extrême... relisons:
Sujet:
Vous discuterez ce jugement de Baudelaire dans l'Art Romantique: "C'est le caractère de la vraie poésie d'avoir le flot régulier, comme les grands fleuves qui s'approchent de la mer, leur mort et leur infini, et d'éviter la précipitation et la saccade. La poésie lyrique s'élance, mais toujours d'un mouvement élastique et ondulé. Tout ce qui est brusque et cassé lui déplait, et elle le renvoie au drame, ou au roman de moeurs"
Trois solutions face à ça (vous voyez ça un peu, je commence à problématiser! XD:
1) vous n'êtes pas en prépa, débordez d'enthousiasme et vous dites, "ouaou chouette, la super citation, il y a quand même plein de choses à dire"
2) Vous faites partie de ces naufragés de l'existence appelés Hypokhâgneux et vous comprenez l'ennui, la douleur, le piège qui se cache derrière ces longues citations interminables qui peuvent tomber en concours blanc, surtout quand vous avez un prof campé sur ses positions qui tiendra pour faux le plan dégagé qui ne correspondra pas à SA vision du problème (Cher Père Noël, en plus du Gaffiot pour Noël, apporte moi le cerveau de notre prof de Français sur plateau que je me fasse un implant de son intelligence du monde) .
3) Vous avez la grande vertu d'être pessimiste et savez qu'en prépa, ce genre de sujet cache toujours un obscur piège. Bravo, vous êtes bons pour devenir un de ces dits naufragés de l'existence sans trop de douleur due à la transition dans ce monde sans espoir.
Mais reprenons.... Hum hum... Oui, cette dissert.... Alors on se dit qu'on a 5h, et que 5h c'est long... et puis en fait, pas du tout: on se retrouve toujours au dernier moment à speeder pour faire sa conclu en 10 minutes, chrono tandis que d'autres, l'air bon enfant, ont déjà rendu leur copie avec des airs d'empereurs romains.
Le temps s'écoule. Ces heures qui défilent à des allures de pompe funèbre lorsque l'on est en cours, filent cette fois à la vitesse grand V. Il ne reste que 2h? Bordel, j'en suis qu'à la fin de ma 1° partie!!!
"Ô douleur, Ô douleur.... Le temps mange la vie
Et l'obscur ennemi qui nous ronge le coeur
Du sang que nous perdons croit et se fortifie"
(devenue une machine à citation ===> Trop forte! ===> Ouai ouai, je passe encore les portes)
A la sortie, on sait qu'on est partis dans de grands délires pour faire l'ouverture de la conclusion, mais voilà, il fallait finir, parachever ces deux feuilles doubles branlantes en rajoutant une feuille supplémentaire, pour le plaisir des yeux, de voir l'étalage, sur 9 pages, de notre écriture cahotique.
Je me rappelle encore de mes dernières bribles de mots, immortalisés sur le papier en une sorte de délire pitoyable: "Il n'y aurait pas qu'une mer poétique mais plusieurs nées d'une poésie qui se veut toujours plus proche de l'homme, jusqu'à la psychanalyse. Cela légitimerait une relative souplesse de la forme en fonction du but recherché."
Me demandez pas d'où ça sort... Tout ce que je sais, c'est que ça tombe dans le relativisme, et que pourtant je déteste ça.
100 marches plus bas, au self, autour d'une dizaine d'hypokhâgneux de la classe, déchainés (et affamés) devant leurs spaghettis et leur cuisse de canard, je me mets à imaginer la tête du prof, avec ses cheveux rasés de près, lorsqu'il lira nos copies. S'arrachera-t-il uns à uns les poils de sa moustache? Ouvrira-t-il des yeux démesurés? Tappera-t-il, en colère, sur la table, le mur et prenant à témoin les Fleurs du Mal de Baudelaire: "Charles! Ils ne t'ont pas compris"? (ben oui, c'est que je suis sure qu'ils ont été copains dans une vie antérieure) ^^
I don't know... Mais c'est fini... La cuisse de canard est dégueulasse, trop salée, z'ont voulu lui donner du gout sans doute... et je la mastique pourtant, avec cette joie hébétée qui prend parfois lorsqu'on a quitté le monde du silence et du tournoiement des aiguilles pour retrouver les vivants.
Insipide repas, suivi d'un café au PMU du coin, tous ensemble, joyeux, avant une séparation joviale dans le métro bondé... retour au révisions. Mes habits puent la clope maintenant. Yurk. Demain philo, projet d'aller à la piscine. En attendant vélo, listes de vocabulaire.... Si je suis encore vivante j'annoncerai demain, la couleur de cette 3° journée.